Nombres complexes : forme algébrique, polaire, module, argument
Les nombres complexes étendent les réels en introduisant l'unité imaginaire i = √-1. Au programme de terminale spécialité et obligatoires en prépa, ils permettent de résoudre toutes les équations polynomiales, de modéliser les circuits électriques et les ondes. Cet article présente la forme algébrique a+bi, la forme polaire r·e^(iθ), le module, l'argument et les applications.
L'unité imaginaire i
Par définition :
i² = -1
Conséquences :
- i¹ = i
- i² = -1
- i³ = i² × i = -i
- i⁴ = (i²)² = 1
- i⁵ = i (cycle de période 4)
Forme algébrique d'un complexe
Un nombre complexe s'écrit :
z = a + bi
Avec a, b ∈ ℝ. On appelle :
- a = Re(z) : partie réelle
- b = Im(z) : partie imaginaire
Exemples :
- z = 3 + 4i (partie réelle 3, partie imaginaire 4)
- z = -2 + 5i
- z = 7 (réel pur, Im(z) = 0)
- z = 3i (imaginaire pur, Re(z) = 0)
Représentation géométrique : le plan complexe
Chaque complexe z = a + bi est représenté par le point M(a, b) dans un plan à deux dimensions :
- Axe horizontal : partie réelle
- Axe vertical : partie imaginaire
Cette représentation est appelée plan d'Argand-Cauchy ou plan complexe (ℂ).
Opérations sur les complexes
Addition
(a + bi) + (c + di) = (a+c) + (b+d)i
Géométriquement : addition vectorielle (loi du parallélogramme).
Multiplication
(a + bi)(c + di) = ac + adi + bci + bdi²
= (ac - bd) + (ad + bc)i (car i² = -1)
Exemple
(2 + 3i)(1 - 2i) = 2 - 4i + 3i - 6i² = 2 - i + 6 = 8 - i
Conjugué
Le conjugué de z = a + bi est :
z̄ = a - bi
Propriétés :
- z × z̄ = a² + b² (toujours réel et positif)
- z + z̄ = 2a (toujours réel)
- z - z̄ = 2bi (toujours imaginaire pur)
Division
Pour diviser, on multiplie par le conjugué du dénominateur :
(a+bi) / (c+di) = (a+bi)(c-di) / (c²+d²)
Exemple : (3+2i)/(1-i) = (3+2i)(1+i)/(1+1) = (3+3i+2i+2i²)/2 = (1+5i)/2.
Le module |z|
Distance entre le point M(a, b) et l'origine :
|z| = √(a² + b²)
Exemples :
- |3 + 4i| = √(9 + 16) = 5
- |i| = √(0 + 1) = 1
- |2| = 2 (réel pur)
Propriétés du module
- |z| ≥ 0, |z| = 0 ⟺ z = 0
- |z × z'| = |z| × |z'|
- |z + z'| ≤ |z| + |z'| (inégalité triangulaire)
- |z|² = z × z̄
L'argument arg(z)
Angle (en radians) que fait le vecteur OM avec l'axe horizontal :
arg(z) = θ tel que cos(θ) = a/|z| et sin(θ) = b/|z|
Défini modulo 2π. On choisit souvent θ ∈ ]-π, π] (argument principal).
Calcul pratique
Pour z = a + bi :
- Si a > 0 : θ = arctan(b/a)
- Si a < 0 et b ≥ 0 : θ = arctan(b/a) + π
- Si a < 0 et b < 0 : θ = arctan(b/a) - π
- Si a = 0 et b > 0 : θ = π/2
- Si a = 0 et b < 0 : θ = -π/2
Exemples
- arg(3 + 4i) = arctan(4/3) ≈ 0,927 rad (53,13°)
- arg(i) = π/2 (90°)
- arg(-1) = π (180°)
- arg(-i) = -π/2 (-90°)
Forme trigonométrique
Tout complexe z ≠ 0 peut s'écrire :
z = |z| × (cos θ + i sin θ)
où θ = arg(z).
Exemple : z = 3 + 4i
- |z| = 5
- cos θ = 3/5, sin θ = 4/5
- z = 5(cos 0,927 + i sin 0,927)
Forme exponentielle
Grâce à la formule d'Euler :
e^(iθ) = cos θ + i sin θ
On peut écrire :
z = |z| × e^(iθ) = r × e^(iθ)
Avec r = |z| et θ = arg(z).
L'identité d'Euler (la plus belle formule mathématique)
Pour θ = π :
e^(iπ) + 1 = 0
Relie cinq constantes fondamentales (e, i, π, 1, 0).
Multiplication en forme polaire
Avantage majeur de la forme polaire :
z × z' = r × r' × e^(i(θ+θ'))
Multiplier deux complexes = multiplier les modules ET additionner les arguments.
Pour diviser :
z / z' = (r/r') × e^(i(θ-θ'))
Puissances et racines
Formule de Moivre
(cos θ + i sin θ)^n = cos(nθ) + i sin(nθ)
Ou en forme exponentielle : (e^(iθ))^n = e^(inθ).
Exemple
(1+i)¹⁰ : on convertit en polaire d'abord.
- |1+i| = √2
- arg(1+i) = π/4
- 1+i = √2 × e^(iπ/4)
- (1+i)¹⁰ = (√2)¹⁰ × e^(i × 10π/4) = 32 × e^(i5π/2)
- 5π/2 = 2π + π/2, donc e^(i5π/2) = e^(iπ/2) = i
- Résultat : 32i
Racines n-ièmes
Les n racines n-ièmes de z = r × e^(iθ) sont :
z_k = r^(1/n) × e^(i(θ + 2kπ)/n), pour k = 0, 1, ..., n-1
Elles se répartissent uniformément sur un cercle de rayon r^(1/n).
Exemple : racines cubiques de l'unité
z³ = 1 :
- z_0 = 1 (réel)
- z_1 = e^(2iπ/3) = -1/2 + i√3/2
- z_2 = e^(4iπ/3) = -1/2 - i√3/2
Sommet d'un triangle équilatéral sur le cercle unité.
Théorème fondamental de l'algèbre
Tout polynôme P(x) de degré n à coefficients complexes possède exactement n racines complexes (en comptant les multiplicités).
Conséquence : dans ℂ, on peut toujours factoriser un polynôme :
P(x) = a × (x - z_1)(x - z_2)...(x - z_n)
Applications
Électricité
Les circuits en courant alternatif utilisent les complexes (notés j pour ne pas confondre avec l'intensité) :
- Impédance complexe Z = R + jX (résistance + réactance)
- Tensions et courants représentés par des phaseurs
- Calculs simplifiés (vs sinusoïdes temporelles)
Mécanique des vibrations
Les oscillateurs harmoniques sont modélisés par e^(iωt). La partie réelle représente le mouvement physique.
Traitement du signal
La transformée de Fourier repose entièrement sur les exponentielles complexes :
F(ω) = ∫ f(t) × e^(-iωt) dt
Au cœur du JPEG, MP3, traitement audio et image.
Mécanique quantique
Les fonctions d'onde sont à valeurs complexes. La probabilité est le module au carré : |ψ|².
Géométrie
Les rotations dans le plan se représentent par multiplication par e^(iθ). Élégant et concis vs matrices 2×2.
Résolution d'équations dans les complexes
Équation du second degré avec Δ < 0
x² + 1 = 0 : pas de solution réelle, mais x = ±i dans ℂ.
x² + x + 1 = 0 :
- Δ = 1 - 4 = -3
- x = (-1 ± i√3) / 2
Équations polynomiales
z⁴ = 1 : 4 solutions : ±1, ±i.
z⁶ = 1 : 6 solutions formant un hexagone régulier sur le cercle unité.
Inégalité triangulaire et géométrie
Pour z, z' complexes :
|z + z'| ≤ |z| + |z'|
Égalité si z et z' sont colinéaires de même sens.
Interprétation géométrique : dans un triangle de sommets 0, z, z+z', la longueur d'un côté est inférieure à la somme des deux autres.
Transformations géométriques en complexes
Translation
z → z + a : translation de vecteur a.
Rotation
z → e^(iθ) × z : rotation d'angle θ autour de l'origine.
Homothétie
z → k × z (k réel) : homothétie de centre O et rapport k.
Similitude directe
z → a × z + b (a, b complexes) : combine rotation, homothétie et translation. Forme la plus générale en géométrie complexe.
Calcul sur la calculatrice scientifique
Notre Calculatrice scientifique ne gère pas directement les complexes (math.js de base). Pour ces calculs, utilisez notre calculatrice de nombres complexes dédiée qui propose :
- Forme algébrique et polaire
- Module, argument, conjugué
- Opérations (addition, multiplication, division, puissance)
- Conversion entre formes
Erreurs classiques
1. Oublier que i² = -1
Erreur la plus fréquente lors du développement.
2. Division sans conjugué
Pour diviser, multiplier numérateur et dénominateur par le conjugué du dénominateur.
3. Argument modulo 2π
arg(z) est défini modulo 2π. Toujours préciser dans quel intervalle on travaille.
4. Module ne peut être négatif
|z| ≥ 0 toujours. Une erreur de signe est fréquente.
Conclusion
Les nombres complexes étendent puissamment l'arithmétique et l'algèbre. Au-delà de leur utilité pour résoudre toutes les équations polynomiales, ils sont fondamentaux en physique, électronique, traitement du signal et mathématiques avancées. La maîtrise des deux formes (algébrique et exponentielle) et de leurs propriétés est un saut conceptuel majeur en terminale spécialité. Pour les calculs complexes, utilisez notre calculatrice dédiée.
🧮 Utilisez l'outil : Calculatrice scientifique — calcul instantané avec explication pas à pas.